Marguerite Hoppenot, pour que monte la sève de l’Évangile.

Tel un arbre aux racineMagnificat sept 2017s profondes. Marguerite Hoppenot a déployé ses branches sur un peu plus d’un siècle. Née en 1901 dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle, elle se laisse très tôt prendre par le Christ. Si elle aime répéter que « l’amour ne s’impose pas, il se propose », c’est parce qu’elle en fait l’expérience
dès son plus jeune âge. Dieu s’est fait aimer d’elle avant de la saisir au moment de sa première communion.

Être
La petite fille choyée qui préfère le violon aux études, va prendre l’inconfortable chemin de l’Évangile. Car il s’agit d’être « chrétienne – au sens fort d’être  » christ  » pour les autres – puisque « l’homme a été créé à l’image de Dieu » et qu’il est donc  appelé à « être » et à « être amour » comme Dieu »,comme on le lit dans ses notes. Cela passe par le dépouillement de soi au profit de la présence de Dieu en soi, ce que Marguerite appelle la « Pauvreté de soi « , l’humilité. La jeune femme, qui vit dans un milieu très favorisé, est bouleversée par les événements de 1936.
Elle s’interroge alors sur le pouvoir, l’avoir et le savoir: « Les biens seraient-ils donc mauvais en eux-mêmes? – Ce sont les talents de l’Évangile [-.-], ils sont des instruments de promotion humaine et de communion fraternelle s’ils sont aux mains d’un amour « pour tous » « , répond-elle, pointant les défis auxquels sont confrontés les hommes et les femmes d’aujourd’hui. D’où la nécessité de cher-
cher Dieu «dans ton coeur », là où se tient notre «être » libre et dépouillé de tout extérieur.

Aimer
La prière et la méditation, qui portent Marguerite en Dieu, font d’elle une femme très incarnée, attentive à ses proches, à ses amis, ainsi qu’au monde et à ses soubre-
sauts. Son premier amour va à Dieu, mais il prend forme humaine dans son mariage avec Philippe Hoppenot qu’elle rencontre alors qu’elle n’a que 18 ans et qu’elle épouse en 1924. Avec lui, elle va vivre la « folle aventure de la foi» car l’amour n’e€st pas seulement sentiment, le sentiment est le vestibule de l’amour. Le sentiment est le signe qu’il va falloir aimer». Marguerite s’engage totalement, elle fait le choix d’aimer d’un amour qui débordera le cadre de
son couple et de sa famille, forte de cinq enfants.

Servir
Interpellée par la détresse de certains proches, par la violen€ce des grèves de 1936. elle comprend que «c’est dans le milieu dans lequel nous nous trouvons que nous
devons agir ». C’est à ce moment qu’une amie lui dit que le cardinal Verdier aimerait que quelque chose parte pour ces milieux de la bourgeoisie féminine. « C’est vous qui le ferez « . Un chemin s’ouvre, il faudra le parcourir. Avec quelques amies, elle fonde le mouvement Sève, dont la devise est «Être, aimer, servir, unir », pour vivre ensemble un amour désintéressé qui fait exister les êtres et les fait grandir.
«Que notre entraide soit un service de serviteur et non un service de bienfaiteur « , écrit-elle. Il convient de devenir serviteur, d’«être» serviteur, et non pas de faire
le bien de manière ponctuelle comme un bienfaiteur. Le chrétien à la suite du Christ est radicalement donné aux autres dans tout son «être». Cette attitude rejoint celle
de la « pauvreté de soi » et fait grandir dans l’amour.

Unir
 » Que notre entraide tisse des liens de communauté, c’est-à-dire d’unité.  » Pour Marguerite, cela n’est possible que si chacun loin de tout égocentrisme, est personnellement uni à Dieu. Musicienne, elle envisage l’unité à partir de l’orchestre où tous les instruments diffèrent mais trouvent leur unité dans le regard qui les lie au chef d’orchestre. Delà seulement peut naître la symphonie, unité de différences. «C’est en ayant la passion de l’unité, en vivant tous davantage de la vie de Jésus Christ, lui l’Amour incarné, que nous nous rejoindrons au-delà de chacun.
II n’y a qu’un seul Christ. Alors la convergence triomphera de toutes nos divergences. » D’une certaine manière, la diversité oblige à rechercher l’unité sinon c’est le chaos.
Chaos de la rupture, chaos de la souffrance, Marguerite n’est pas épargnée. En 1942, elle perd son fils Manuel, âgé de 10 ans,  » l’enfant de sa vocation » qui lui disait; « Maman, fais tout pour qu’il y ait plus d’amour dans le monde.»  Plus tard, une de ses filles, violoniste comme elle, puis son mari tant aimé. Mais la longue vie de Marguerite Hoppenot -110 ans- est marquée par la joie d’appartenir à Dieu. «Ce Dieu qui nous prie, nous demande, nous rappelle » et auquel elle répond par un «oui» définitif ouvert sur l’éternité.

Bénédicte Ducatel
Magnificat
septembre 2017