Témoin de la Lumière
« Parce que l’impossible est possible« , livre d’entretien
de Marguerite Hoppenot et du Père Cren

Sept ans après la mort de la fondatrice du Mouvement Sève, les éditions Salvator publient la profonde conversation entre Marguerite Hoppenot (1901 – 2011) et le père Réginald Cren, dominicain. Ce dialogue de 1979, resté jusqu’alors confidentiel,  »se révèle d’une extraordinaire actualité (…) parce qu’il parle d’éternité et d’intemporalité de la foi. » écrit Albéric de Palmaert, biographe de Marguerite Hoppenot. Celle-ci avait une connaissance intime du Christ, oeuvrant par toute sa vie de la lumière. « Ma vocation, disait-elle, c’est la révélation du mystère contenu en Jésus-Christ : la proposition de Dieu à l’homme de passer du ‘Viens, suis-moi’ à ‘Viens, sois-Moi’.  »
Claire Lesegretain,
Spécial Livres religieux, La Croix du jeudi 13 décembre 2018

Mouvement Sève
Être, aimer, servir, unir depuis 80 ans

80 ans ? Bel âge pour un anniversaire se sont les 1100 membres du Mouvement Sève  sous le chapiteau d’un cirque le 13 octobre à Paris. lls venaient de France, de Belgique, de Suisse, du Québec et… même de Limoges !
Tous étaient réunis pour reconnaître ce que le Mouvement leur a apporté
et dire leur gratitude à la fondatrice Marguerite Ph. Hoppenot, mère de
cinq enfants. Elle, qui par amour du Christ, s’est lancée dans une aventure missionnaire mystérieusement prolongée jusqu’à aujourd’hui.
Le matin a été lue une lettre de son mari, témoignage d’un amour conjugal n’ayant
rien perdu de sa fraîcheur révolutionnaire! Puis nous avons été émues par la prise de parole d’une jeune mère de famille, nous confiant le récit de sa conversion et soulignant que le Christ continue d’appeler à être messagers. Mgr de Sinety a commenté le prologue de la première lettre de saint Jean et le pasteur J. Lantz – commentant saint Matthieu -nous a exhorté à porter la lumière
autour de nous.
L’après-midi une table ronde a mieux fait connaître la personnalité de notre fondatrice, et souligné l’actualité et l’avenir de son message. Ont pris la parole : le frère J. de Almeida O.P., le pasteur théologien A. Nouis, le journaliste écrivain A. de Palmaert, D. Quinio, présidente des Semaines Sociales, M-H. Vallat, membre de la communauté fondamentale de Sève autour de M. Cool écrivain journaliste.
La journée s’est achevée dans l’humour inspiré par Sève avec des acteurs de 7 à
77 ans. Quelle image garderons-nous pour avancer sur notre chemin ? Sans doute la
joie ressentie, les symboles d’Unité ; le Notre Père récité d’une seule voix, à la lumière de centaines de petits lumignons et la bénédiction conjointe de l’assemblée par les évêques, pasteurs, prêtres. Par dessus tout, nous avons entendu un appel à être fidèles à notre devise « Être, aimer, servir, unir ».
Edith Beaugerie, .lacqueline Breton, Marie-Adèle de Laage, Claudine Marcou
Le Sillon, revue diocésaine de Limoges

Marguerite Hoppenot, une vocation à l’amitié universelle

La vie de Marguerite Hoppenot est une longue aventure de foi et de fidélité. Fondatrice du mouvement Sève, elle invite à découvrir que « Dieu est amour » au sein de petites équipes amicales.
Ah oui, quel malheur d’être dans les années 1950, aux yeux de l’Église et de sa hiérarchie, « une femme, une laïque et une bourgeoise. » Cette douloureuse constatation, partagée avec un de ses nombreux aumôniers, Marguerite Hoppenot, fondatrice du mouvement Sève, ne la fera pas souvent. Par discrétion, et aussi par amour pour l’Église et ses prêtres, amour qui était grand et profond. Et pourtant, la lecture de ses écrits spirituels (Au Creuset de l’absolu, Cerf), aux accents résolument mystiques, révèle combien cette passionnée de Dieu se trouva en butte aux différents accompagnateurs spirituels auxquels elle a dû s’adresser.
C’est que, comme beaucoup avant elle, elle avait reçu un vibrant appel : transmettre aux femmes de son « milieu » (terme largement employé dans ces années d’Action catholique) l’amour de Dieu. Et que cet appel, aux accents véhéments, a dû en effrayer plus d’un. Marguerite voulait unir les êtres, les convertir à l’amour par l’amitié : « être, aimer, servir, unir » fut, et reste, la devise de ce mouvement, dont elle fut l’ardente et infatigable inspiratrice. Marguerite Hoppenot croyait en l’amitié, elle-même était une amie merveilleuse, comprenant, entendant, et accueillant. Dès 1940, alors que son mouvement prenait de l’ampleur, les réunions en équipes prenaient le nom de « réunions amicales », l’amitié étant le « fondement naturel de toute équipe surnaturelle ». Mariée et mère de famille, puisant dans son amour conjugal une force exceptionnelle, Marguerite Hoppenot reste aux marges…Refusant de rejoindre les rangs de l’Action catholique, elle persévère dans sa vocation à la communion fraternelle et à l’amitié universelle. Marguerite se laisse peu à peu envahir par une Présence grandissante : « Dieu m’apparaît partout, comme un hôte qui va prendre possession d’une demeure qu’Il ordonne à sa guise. »
Ce sera le Père Carré, célèbre dominicain, qui lui apportera un peu d’apaisement et conduira le mouvement à sa reconnaissance par l’Église en 1982. Cinq ans après sa mort (à 110 ans !) Sève compte 1 400 membres toujours actifs à vivre enracinés dans l’amitié du Christ.

Sophie de Villeneuve,
Cahiers Croire, numéro de novembre-décembre 2018

LE JOUR OÙ…

1911. Marguerite n’a pas encore dix ans. Elle fait sa première communion, un moment « indélébile ». Peu avant, pendant la retraite préparatoire, une vision intérieure a déjà étonné la petite fille « J’étais parmi une multitude et légèrement au dessus. Ce jour-là, j’ai été saisie. » L’instant lui reste. Marguerite en tire une forme de consigne.
Elle l’expliquera métaphoriquement bien plus tard. « Seules les mesures verticales
permettent d’échapper aux limitations de surface. La hauteur n’a-t’elle pas le pouvoir théoriquement illimité de transformer la surface en capacité ? Les architectes modernes le savent bien, qui compensent par des gratte-ciel la parcimonie des surfaces.
N’oublions pas cependant que la hauteur exige la profondeur, sans laquelle elle ne pourrait exister.
C’est pourquoi ces gratte-ciel sont fondés à de grandes profondeurs ! »
(…)Panorama mars 2018

Extrait de Panaroma, mars 2018
Grandes figures

 

Marguerite Hoppenot, pour que monte la sève de l’Évangile.

Tel un arbre aux racineMagnificat sept 2017s profondes. Marguerite Hoppenot a déployé ses branches sur un peu plus d’un siècle. Née en 1901 dans une famille de la grande bourgeoisie industrielle, elle se laisse très tôt prendre par le Christ. Si elle aime répéter que « l’amour ne s’impose pas, il se propose », c’est parce qu’elle en fait l’expérience
dès son plus jeune âge. Dieu s’est fait aimer d’elle avant de la saisir au moment de sa première communion.

Être
La petite fille choyée qui préfère le violon aux études, va prendre l’inconfortable chemin de l’Évangile. Car il s’agit d’être « chrétienne – au sens fort d’être  » christ  » pour les autres – puisque « l’homme a été créé à l’image de Dieu » et qu’il est donc  appelé à « être » et à « être amour » comme Dieu »,comme on le lit dans ses notes. Cela passe par le dépouillement de soi au profit de la présence de Dieu en soi, ce que Marguerite appelle la « Pauvreté de soi « , l’humilité. La jeune femme, qui vit dans un milieu très favorisé, est bouleversée par les événements de 1936.
Elle s’interroge alors sur le pouvoir, l’avoir et le savoir: « Les biens seraient-ils donc mauvais en eux-mêmes? – Ce sont les talents de l’Évangile [-.-], ils sont des instruments de promotion humaine et de communion fraternelle s’ils sont aux mains d’un amour « pour tous », répond-elle, pointant les défis auxquels sont confrontés les hommes et les femmes d’aujourd’hui. D’où la nécessité de cher-
cher Dieu «dans ton coeur », là où se tient notre «être » libre et dépouillé de tout extérieur.

Aimer
La prière et la méditation, qui portent Marguerite en Dieu, font d’elle une femme très incarnée, attentive à ses proches, à ses amis, ainsi qu’au monde et à ses soubre-
sauts. Son premier amour va à Dieu, mais il prend forme humaine dans son mariage avec Philippe Hoppenot qu’elle rencontre alors qu’elle n’a que 18 ans et qu’elle épouse en 1924. Avec lui, elle va vivre la « folle aventure de la foi» car l’amour n’e€st pas seulement sentiment, le sentiment est le vestibule de l’amour. Le sentiment est le signe qu’il va falloir aimer». Marguerite s’engage totalement, elle fait le choix d’aimer d’un amour qui débordera le cadre de
son couple et de sa famille, forte de cinq enfants.

Servir
Interpellée par la détresse de certains proches, par la violen€ce des grèves de 1936. elle comprend que «c’est dans le milieu dans lequel nous nous trouvons que nous
devons agir ». C’est à ce moment qu’une amie lui dit que le cardinal Verdier aimerait que quelque chose parte pour ces milieux de la bourgeoisie féminine. « C’est vous qui le ferez ». Un chemin s’ouvre, il faudra le parcourir. Avec quelques amies, elle fonde le mouvement Sève, dont la devise est «Être, aimer, servir, unir », pour vivre ensemble un amour désintéressé qui fait exister les êtres et les fait grandir.
« Que notre entraide soit un service de serviteur et non un service de bienfaiteur « , écrit-elle. Il convient de devenir serviteur, d’«être» serviteur, et non pas de faire
le bien de manière ponctuelle comme un bienfaiteur. Le chrétien à la suite du Christ est radicalement donné aux autres dans tout son «être». Cette attitude rejoint celle
de la « pauvreté de soi » et fait grandir dans l’amour.

Unir
 » Que notre entraide tisse des liens de communauté, c’est-à-dire d’unité.  » Pour Marguerite, cela n’est possible que si chacun loin de tout égocentrisme, est personnellement uni à Dieu. Musicienne, elle envisage l’unité à partir de l’orchestre où tous les instruments diffèrent mais trouvent leur unité dans le regard qui les lie au chef d’orchestre. Delà seulement peut naître la symphonie, unité de différences. «C’est en ayant la passion de l’unité, en vivant tous davantage de la vie de Jésus Christ, lui l’Amour incarné, que nous nous rejoindrons au-delà de chacun.
II n’y a qu’un seul Christ. Alors la convergence triomphera de toutes nos divergences.» D’une certaine manière, la diversité oblige à rechercher l’unité sinon c’est le chaos.
Chaos de la rupture, chaos de la souffrance, Marguerite n’est pas épargnée. En 1942, elle perd son fils Manuel, âgé de 10 ans,  » l’enfant de sa vocation » qui lui disait; « Maman, fais tout pour qu’il y ait plus d’amour dans le monde.»  Plus tard, une de ses filles, violoniste comme elle, puis son mari tant aimé. Mais la longue vie de Marguerite Hoppenot -110 ans- est marquée par la joie d’appartenir à Dieu. «Ce Dieu qui nous prie, nous demande, nous rappelle » et auquel elle répond par un «oui» définitif ouvert sur l’éternité.

Bénédicte Ducatel
Magnificat
septembre 2017