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Annonciation – 25 mars 2020

Nous voilà confinés entre nos murs, loin de ceux qu’on aime et de ceux avec qui on travaille. Situation inimaginable au vrai sens du terme qui dépasse la fiction et qui nous laisse dans un état de sidération inconcevable.
Le calendrier, lui, avance et nous donne un rendez-vous avec la fête de l’Annonciation. Peut-on parler de fête dans ces conditions ? A-t-on le cœur disposé à fêter quelque chose ou quelque bonne nouvelle ? Nous osons répondre « oui » à ces questions.
Laissons-nous rejoindre par cet écrit de Marguerite Hoppenot
:

« L’étape initiale de la présence du Dieu vivant parmi nous, première page terrestre de son mystère de vie, s’ouvre en effet lors de l’Annonciation à Marie, lorsque la Parole éternelle s’adressant à elle lui fit entendre simplement : « Veux-tu ? »……
Veux-tu que ma vie vienne habiter ta vie ?
Veux-tu ouvrir ta vie limitée au don de ma vie qui va en faire éclater les limites ?
Veux-tu que ma vie divine passe par ta vie humaine pour être livrée au monde ?

La réponse de Marie : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa volonté » est le point de départ de l’irruption du Dieu vivant dans le monde des hommes.
Ce « oui » prononcé dans la foi nue est le consentement donné, dans la dépendance absolue de l’Amour à Celui en qui on croit, qu’on veut suivre et à qui on fait confiance, dans l’ignorance totale des conséquences de ce « oui ».
L’avènement du Fils de Dieu en ce monde, cet évènement historique et universel, fut donc suspendu à un « oui » humain…..

A la suite de Marie, il nous faut donc vivre à notre tour la première face cachée du mystère, notre réponse à l’appel intime de l’Esprit vivant en nous, le « oui » de notre Annonciation…..
L’Annonciation, annonce de la promesse tenue, porte d’entrée du Christ en ce monde à travers un cœur ouvert et disponible, est suivie d’une succession de secrètes annonciations auxquelles tout au long de sa vie Marie répond « oui »….
Ainsi en est-il pour l’aventure du Christ en notre propre vie. Comme pour Marie, il y a l’annonciation première, décisive puisqu’elle nous introduit au seuil du chemin.
Toutefois, c’est au long d’une succession d’appels, inhérents aux exigences de la route et requérant indéfiniment notre consentement, que se dévoilent progressivement en nous toutes les étapes du mystère.»
​​​​​​​​Marguerite Hoppenot, 1966
​​​​​Extrait de « Cette vie qui m’est donnée »

Seigneur, aide-moi à prendre aujourd’hui la décision d’être attentif à ces petites annonciations que Tu veux me faire entendre afin de m’engendrer peu à peu à Ta vie de fils de Dieu. Cette vie que Tu veux me communiquer et qui me fera devenir peu à peu, en vérité, frère de mes frères.

Méditation du « Notre Père »

Nous nous joignons à l’appel du Pape François à tous les chrétiens de prier ensemble le « Notre Père » le 25 mars avec cette méditation de Marguerite Hoppenot

Voulez-vous que nous méditions le « Notre Père » ?
Cette prière que Jésus-Christ nous enseigna lui-même pour cheminer vers son Royaume.
Elle résume et éclaire à jamais, pour tous les hommes, le dessein de Dieu, celui que nous avons essayé de découvrir un peu mieux afin de pouvoir le vivre et le servir toujours plus fidèlement.
Nous pouvons dire :
« Notre Père »…
Et pas seulement « mon » Père puisque nous sommes tous devenus fils, si peu que ce soit,
alors nous sommes tous frères et nous pouvons dire « notre Père » en vérité.
« Qui es aux cieux »…
Dans l’au-delà infini, dans celui de l’Amour sans limites, donc au-delà de tous nos « moi » indéfiniment, indéfiniment au-delà de tous nos « moi ».
C’est là que nous nous retrouverons toujours.
« Que ton nom soit sanctifié »…
Que ton nom qui est « Amour sans limites » et « Unité de diversités » soit vécu par tes enfants.
Qu’il nous sanctifie, qu’il nous engendre sans cesse davantage à la vie de fils et de filles en vérité.
« Que ton règne vienne »…
C’est ainsi qu’adviendra le règne de l’amour, ton règne, Seigneur, à travers la communion fraternelle des hommes qui nous appelle à parachever ta création.
« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »…
Ta volonté essentielle, ton ultime volonté, ton unique volonté, c’est ta Vie, Seigneur !
Celle qui est vécue en plénitude au-delà du voile.
Que ta volonté d’amour et de communion devienne progressivement la nôtre pour que nous soyons artisans de ton ultime prière pour tes enfants : «Père qu’ils soient un comme nous sommes un»…
« Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour »…
Oui, Seigneur, nous sommes si faibles, donne-nous le soutien qui est celui de ta vie en nous.
Aide-nous à y être attentifs. Donne-nous le soutien de cette grâce, de ta grâce, jour après jour…
« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés »…
Là, il nous faut retourner notre prière. Aide-nous à pardonner, à ré-ouvrir notre cœur à l’amour afin que nous puissions, nous, recevoir ton pardon.
Nous ne pourrons recevoir ton pardon que si nous pardonnons, puisque Toi, tu nous donnes ton pardon, toujours. Tu es comme le soleil : il donne toujours sa lumière. Si nous fermons nos volets, nous ne pouvons pas la recevoir.
Alors, pardonnons, ré-ouvrons notre cœur à l’amour et nous recevrons ton pardon, mon Dieu, celui que tu ne cesses jamais de nous donner puisque ton don d’amour est sans limites…infini !
« Ne nous soumets pas à la tentation »…
Cette parole est aussi quelque peu ambigüe car Dieu ne nous soumet pas volontairement à la tentation. Il ne nous tend pas des pièges pour éprouver notre fidélité.
« Ne nous soumets pas à la tentation » signifie pour moi :
Seigneur, que les appels de ton amour et ses exigences en nous ne soient pas pour nous l’objet de découragement, qu’ils ne nous arrêtent pas sur le chemin de l’amour que nous avons choisi de vivre.
Et alors peut-être, sur un plan plus mystique, celui du mystère de Dieu dont nous avons pris conscience, en découvrant que c’est le Christ vivant, le fils de Dieu en nous, qui est le seul objet des attaques du Malin.
Alors, Seigneur, que ces attaques du Malin ne soient pas trop fortes pour la faiblesse de ton enfant.
« Mais délivre-nous du mal »
Sois, en nous, Seigneur, la présence de l’amour libérateur.
Délivre-nous du plus grand mal qui puisse nous arriver…nous séparer de l’Amour, nous séparer de toi, Christ vivant.
Alors, sois en chacun de nous, comme en chacun de nos foyers, chacune de nos équipes, chacune de nos paroisses, et dans ton Eglise tout entière, l’amour vivant, vivifiant, vivificateur :
NOTRE SAUVEUR !

​​​​​​​​​Marguerite Hoppenot
​​​​​​​Extrait du livre « Prier c’est aimer »

Vie contemplative

Dans les circonstances actuelles, comment recevons-nous cet écrit de Marguerite Hoppenot ?

Contemplation  passive

Demeurer là, immobile, dans la sécheresse ou la douceur, dans les ténèbres ou la lumière, silencieuse, ouverte, vide, adorante, disponible, offerte au soleil de la Présence : Présence de « Quelqu’un ».
Me laisser baigner, pénétrer, imprégner de ce que Dieu « Est », de ce qu’Il veut à sa manière à Lui, sans mots, comme une fleur s’offre en s’abandonnant aux rayons du soleil. Indicible attrait pour cette attitude contemplative dès mon plus jeune âge, aussitôt après ma première communion.

Contemplation d’action

Ce à quoi l’Esprit Saint m’initia, sans nul intermédiaire humain et auquel je fus introduite par la grâce, ne vint que longtemps, très longtemps après.Comme toujours, je ne connus et ne compris que très progressivement ce que, par la grâce, je faisais depuis longtemps déjà. A peine le réalisais-je assez clairement aujourd’hui pour pouvoir peut-être l’exprimer. Le Seigneur veuille m’y aider.

« Demeurez en moi et moi en vous » Jn 15,4.

 Ce mode de contemplation suppose déjà que le Christ soit devenu « Quelqu’un » pour nous : Personne vivante, invisible, mais éternellement vivante et présente. Elle suppose aussi que tous les gestes, toutes les paroles du Christ aient pour nous une portée éternelle, toujours actuelle.

Je voudrais passer ma vie à passer dans ta vie…
Cette nouvelle voie de contemplation s’ouvrit au cœur de mon inextinguible soif d’union à Dieu ! Au sein même de ma vie mangée au moment où, lasse de mes échecs pour atteindre Dieu, si peu que ce soit, par mes propres efforts humains, je compris par une sorte d’intuition vitale que Dieu seul pouvait donner Dieu…et qu’Il ne se donnait qu’au désert.

La pauvreté intérieure, le vide progressif du « moi » m’apparurent peu à peu la condition essentielle à une vie contemplative authentique qui ne soit ni illusion, ni évasion, ni projection de soi-même.Dès lors, il y eut toujours un rapport étroit entre la réalité de la vie du Christ et de la mienne. Ma nouvelle voie de contemplation devint en quelque sorte l’interpénétration de ces deux vies, dans une communion née d’un regard d’amour, une sorte d’imprégnation de la vie du Christ dans ma pauvre vie, mais aussi une sorte de transposition de ma vie dans la sienne.

Toutes les circonstances de ma vie me servirent désormais de point d’appui pour essayer de saisir une parcelle de la réalité infinie vécue par le Christ. Heures de solitude, d’échec, de compassion, de souffrance, de travail pénible, de lassitude, d’attente des âmes, d’incompréhension
J’essaie ainsi, grâce au pauvre tissu de ma vie quotidienne, de rejoindre le Christ dans un aspect du mystère de sa vie.
Contemplation complètement désintéressée dont le Christ est l’objet.

La réalité humaine vécue au départ m’aide à me projeter dans la réalité infinie, à me perdre en elle !

Mon autre mode de contemplation a, au contraire, ma vie pour objet. Je m’efforce alors de la regarder avec le regard du Christ, de la baigner à la lumière que projetterait sur elle la confrontation brûlante du mystère du Christ et de son Evangile.
Dans ce dernier cas, c’est le Christ qui vient me rejoindre. Dans l’autre, c’est moi qui, à l’aide de ma vie, m’efforce d’accéder, si peu que ce soit, à la sienne.

Sur le chemin qui conduit à cette communion d’amour : Prière, Parole de vie, Pain de vie, Humilité, Pauvreté, Fidélité, Amour.
Marguerite Hoppenot
La main de Dieu, tome I p. 75

Le mystère de la vie…Le problème de la femme dans l’Église…

Deux erreurs en puissance m’apparaissent en ce qui concerne la « place » de la femme dans l’Église :
– d’une part, celle de laisser grandir la revendication féminine, en raison de la soif commune des femmes d’être « reconnues » dans ce qu’elles « sont » et dans leur désir d’exister comme l’homme.
Le revendication est toujours négative car elle tend à durcir ; elle suscite alors la lutte sur tous les plans : lutte des classes, lutte des races, lutte des religions, lutte des sexes…alors que Jésus est venu tout unir, car la vie ne naît que de l’unité des diversités. La revendication de la femme tend en outre à faire « comme lui » donc à la masculiniser.
– d’autre part, celle d’être infidèle à la nature de la vie de Dieu qui est communion, en ne réalisant pas l’unité des charismes masculins-féminins au sein de l’être-Église.
Il faut promouvoir la femme dans l’Église en épanouissant toutes les virtualités qui sont en elle, le don de Dieu, et en lui donnant la possibilité de s’exercer, de se manifester, en un mot de contribuer à l’engendrement de la vie de Dieu dans son peuple et à Sa Gloire.
La place de la femme dans l’Église n’est pas seulement une question de revendication humaine. C’est un problème de justice qui nous dépasse, celle de Dieu.
Ce problème se fait sentir actuellement d’une façon pressante, en raison des méfaits que révèle davantage chaque jour l’absence de charismes féminins dans l’Église et dans le monde.
J’ai la conviction que l’ère qui s’ouvre verra l’heure de la femme, pour une plus grande « humanisation » et donc « spiritualisation » de l’Église et du monde.
Il s’agit de « l’égalité d’être » de l’homme et de la femme, dans le respect et la richesse de leurs diversités mutuellement complémentaires, pour être en vérité image de Dieu, si peu que ce soit, essence de son « Être Amour ». Et lorsque j’affirme cette conviction, il n’est nullement question de place, de fonction, voire de sacerdoce féminin. Je n’ai pas actuellement la grâce de cette vue. Il s’agit d’un appel à ne pas gaspiller les énergies divines dans le cœur des femmes, à ne pas trahir les vues de Dieu, à ne pas laisser se dénaturer son œuvre de vie, à ne pas être infidèle au mystère de la Vie de Dieu Trinité révélé par Jésus-Christ, Dieu communauté d’amour, Dieu Foyer d’Amour qui engendre la Vie.
Marguerite Hoppenot
Ecrits personnels – janvier 1985

l’Incarnation

Incarnation, insondable mystère !
Mystère du Dieu Amour se faisant homme pour sceller indissolublement son alliance avec l’humanité et lui révéler la dimension de son  destin.
Mystère du Dieu transcendant faisant irruption au sein du monde pécheur afin d’y être jusqu’à la consommation des siècles le Dieu Vivant, « la Voie, la Vérité, la Vie ».
Grâce à sa double nature, divine et humaine, le Christ peut désormais apparaître comme un pont d’amour jeté entre les deux rives, jusqu’alors incommunicables, du visible et de l’invisible ; comme l’échelle sacrée, tant attendue, reliant le ciel et la terre ; comme le Dieu Vivant, enfin accessible à l’homme.

(…) Nous abordons ici au cœur de la révélation chrétienne : la révélation de l’unique voie par laquelle l’Être divin et l’être humain peuvent enfin se joindre et s’unir, celle de l’Amour.
Affirmation – combien révolutionnaire pour le temps – du primat de l’Amour comme critère absolu de fidélité à Dieu et comme unique chemin  d’union à Lui.
Dans cette optique, comment un être humain, pleinement ouvert à l’Amour et offert à ses exigences, ne serait-il pas progressivement investi, puis imprégné de la Vie même de Dieu, puisque Dieu est Amour ?

Marguerite Hoppenot
Cette vie qui m’est donnée

Réflexion sur le temps actuel

Un monde où l’on rejette la paternité en raison de son visage caricaturé est un monde qui se défait, un monde flottant.
Les générations tendent alors à se succéder dans l’ordre purement physique, à l’image du règne animal. Elles se juxtaposent, jusqu’à s’opposer, en amollissant le lien vital qui les fait être, qui les relie et les lie au sein de leur communauté de destin.
Elles perdent de ce fait leur raison d’être.
Seul l’amour qui est « recevoir » et « donner » peut assurer cette communication de vie qui fait également exister celui qui donne et celui qui reçoit, l’engendreur et l’engendré, le père et le fils.
Seul l’amour peut donc assurer une pleine fidélité à l’ordre de la vie et l’orientation positive pour tous des générations de la vie, au bénéfice de leur communauté.
Cette fidélité implique sur tous les plans le total respect des lois de nature et donc le jeu permanent et libre des réalités vitales de filiation et de paternité.
Ces réalités sont significatives d’expérience et de dynamisme, de tradition et de progrès, facteurs essentiels de l’harmonie, de l’équilibre et du progrès du monde.
« Si jeunesse savait … si vieillesse pouvait » !
Quel appauvrissement général de dissocier les possibilités du « savoir » et les possibilités du « pouvoir ».
Le meilleur et le plus efficace service de l’humanité implique la collaboration intime et l’alliance désintéressée des capacités de réflexion et des capacités d’action.
Leur opposition et leur dissociation est une atteinte mortelle au bien commun parce qu’elle est une dislocation du corps vivant et la mort de son unité.

Marguerite Hoppenot
Extrait de ses cahiers personnels, mai 1968

L’Être Église est malade…

Ce qui manque dans l’Église, c’est la réalité vivante de Jésus-Christ. On semble perdre le secret de ce mystère chrétien.
Seule la Présence vivante de l’Esprit est source de vie qui demeure. Autrement, c’est construire sur le sable.
Il faut que le mystère de Jésus Christ soit vivant au cœur de l’Église. Le mystère de l’Église n’est pas autre que le fruit du mystère de l’incarnation de Jésus Christ, c’est-à-dire de l’incarnation de l’amour, qui engendre cette réalité vivante du mystère de communion.
Si l’Église n’est pas vivante de la réalité substantielle qu’elle doit exprimer, elle est comme ces magnifiques arbres, dont le cœur est mort et qui, peu à peu, rongés par le dedans, se dégradent et tombent en poussière. Tout pourrit par le cœur. Tout vit par le cœur.
De main d’homme, on édifie une solide organisation ecclésiastique et non le corps vivant de Jésus Christ.
Il y a actuellement un trop grand déficit, un trop grand manque de vie surnaturelle dans l’Église du Maître.
Le mystère du Christ n’est pas suffisamment vécu, alors son corps vivant ne s’élabore pas et l’aspect institutionnel de l’Église prend le pas sur le mystère de vie qu’elle doit exprimer.
L’ Être Église, à l’heure actuelle, étant malade, c’est l’Être Église qu’il faut restaurer par une plongée dans la vie des profondeurs de l’Église.

Marguerite Hoppenot, 1971

 

Janvier 2019 : Face à la situation actuelle, Marguerite Hoppenot nous fait réfléchir

« Face au temps qui passe à un rythme accéléré où, des quatre coins du monde, affluent des nouvelles explosives et des événements internationaux susceptibles, à tout moment d’ébranler la paix précaire du monde…comment face à cette insécurité générale, une certaine angoisse d’avenir ne nous saisirait-elle pas ? Qu’en sera-t-il l’an prochain à pareille époque ?

Une sorte de sagesse collective, fruit d’un incoercible instinct de préservation, face aux répercussions d’un éventuel déchaînement des forces en présence, paraît encore préserver les destinées du monde. Toutefois qu’en sera-t-il demain lorsqu’aura encore augmenté la multitude des êtres sous-développés et que la pression devenue incontenable de leurs légitimes revendications – le plus souvent aveugles parce qu’instinctives – allumera ici et là des foyers d’incendie favorables au déclenchement de l’acte de folie capable d’anéantir une partie de l’humanité !

Comment transformer ce potentiel de sagesse engendrée par la peur en désir passionné de paix constructive pour l’avenir de l’humanité. Certes la crainte est le commencement de la sagesse, cependant celle-ci est purement négative ; elle parvient à maintenir le monde au seuil de l’abîme irrémédiable sans pour autant édifier l’amorce d’un climat pacifique, sinon vraiment fraternel, entre les hommes, tandis qu’un désir passionné d’union ferait percevoir, à ceux qui détiennent les clés de l’avenir du monde, que seul un accroissement dans l’ordre de l’amour fraternel pourrait susciter les urgents dépassements collectifs sur le plan des intérêts de chacun.

Comment ne pas comprendre à quel point cette référence à l’amour fraternel transformerait les efforts faits pour maintenir artificiellement le précaire équilibre de l’humanité en commun labeur d’union, fruit d’une patiente et opiniâtre volonté de paix ? Cette œuvre de paix pourrait demeurer parce que celle-ci c’inscrirait non seulement dans le langage et les promesses diplomatiques mais à travers des actes collectifs et concertés, mus par un authentique amour désintéressé.
Il m’apparaît que la partie du monde dite civilisée est acculée à un choix…choix décisif. D’une part, faire face à l’affrontement inévitable dans le temps entre son immense puissance matérielle, fruit de son incalculable potentiel scientifique, technique et financier et la puissance non moins incalculable, quoique d’une autre nature, d’une masse croissante d’humanité au dynamisme décuplé par la révolte déchaînée par une soif de justice parvenue à son comble ! D’autre part opter pour la voie austère, certes, en apparence, mais à terme combien positive, celle que lui dicterait un amour fraternel décidé à ce que l’autre croisse afin d’exister dans sa liberté et sa dignité d’homme, fut-ce au prix d’une temporaire mais volontaire diminution.
Un authentique amour tend essentiellement à l’union qui rend possible le partage et l’échange.
Qui pourra, désormais, jeter un pont par-dessus un abîme ?
Seul désormais un souffle de vivant amour engendré par une lumière « d’ailleurs », une lumière de foi en la puissance de l’amour, pourrait provoquer un complet retournement des perspectives du peuple chrétien. Sans doute susciterait-il alors cet actif courant de vie, effectivement fraternelle, de vie nouvelle, dont le monde, sous peine de périr, ne peut plus se passer.
Aucune force ne peut arrêter l’expansion de la vie. L’apparition d’une pousse verte au sommet d’un rocher suffit à nous le prouver !  »                                 Janvier 1968

Tous concernés

Nous prions Dieu, nous lui demandons tout, nous le supplions, par exemple de nous donner la paix. Mais…n’est-ce pas lui qui nous demande de faire la paix en nous, dans le monde ? N’est-ce pas lui qui nous demande de donner du pain à ceux qui ont faim ?
(…) Ne sommes-nous pas tous responsables, si peu que ce soit, que triomphe la haine ou l’amour, la guerre ou la paix, la division ou la communion fraternelle…la civilisation de l’amour dans le monde ?
Marguerite Hoppenot
Prier, c’est Aimer

Évangile du dimanche 7 janvier 2018

« Les mages avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode regagnèrent leur pays par un autre chemin. » Mt 2,12

Cet épisode des Mages se révèle d’une étonnante richesse spirituelle pour notre vie, si nous ne le réduisons pas à un événement historique sans lendemain.
Il nous apprend par ailleurs que l’aventure de la foi commence par une mise en route sans preuve ; « Bienheureux sont ceux qui, sans avoir vu, ont cru.»Jn 20, 29
Il nous précise encore que cette découverte du Christ, bien que personnelle, ne se fait pas individuellement, mais avec d’autres, en communauté, en Eglise si je puis dire.
En effet, toute grande aventure digne de ce nom nécessite la solidarité d’une équipe orientée vers un but commun. Que dire alors de l’aventure prodigieuse tendue vers la découverte du Dieu Vivant !
Il nous donne enfin un conseil de sagesse, indispensable à ceux qui viennent de faire une découverte exaltante : avant de vouloir la communiquer, il nous faut la faire nôtre, la vivre à notre tour.
En effet, au seuil de leur retour, une voix se fit entendre aux Mages, les incitant fermement « à revenir par un autre chemin ». Par ces mots, cette voix intérieure ne disait-elle pas discrètement aux Mages : ne soyez pas superficiels, ni étourdis ; Celui que vous avez vu et découvert ; Celui en qui désormais vous croyez, vous êtes actuellement incapables de Le communiquer, sans risquer de laisser altérer votre foi naissante, voire de la perdre, en vous laissant atteindre par les critiques extérieurs et les arguments négatifs qui vous assailliront.
«Retournez par un autre chemin », le chemin du silence intérieur et de la contemplation d’où naîtra l’expérience de la vie. Seule elle fera la preuve et vous convaincra de la Vérité de ce que vous avez vu. Votre foi ainsi confirmée par l’expérience sera devenue invulnérable aux atteintes du Malin destructeur.
C’est alors que vous serez prêts à communiquer votre foi au monde et à « aller dire ce que vous avez vu » et reconnu dans le miroir de votre vie.

Marguerite Ph. Hoppenot
Cette Vie qui m’est donnée

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