Je  pense que le temps liturgique est un temps qui s’est passé pour Jésus-Christ entre Pâques et l’Ascension. Il est un temps absolument merveilleux parce que Jésus-Christ ressuscité passe ces quarante jours – un temps biblique – à faire faire le passage à ses apôtres d’une présence visible à une présence invisible. Le Christ forme ses apôtres à le reconnaître sous d’autres formes et à être eux-mêmes une présence de Jésus-Christ sous d’autres formes. C’est passionnant.

Dans les Evangiles : cette présence de Jésus-Christ qui se révèle sous la présence d’un jardinier. C’est une éducation, c’est une culture. L’œuvre de Jésus-Christ est une œuvre de culture  humaine, de culture au sens de la terre… cette transformation progressive des êtres, des êtres purement humains en êtres spirituels, en êtres chrétiens… sous la forme d’un jardinier. Et Jésus-Christ se fait reconnaître en disant : « Marie », un mot de tendresse humaine. Il l’a reconnue, elle, personnellement. Ce n’est pas global. Ce n’était pas un homme ou une femme, c’était Marie, ce regard personnel qui reconnait la personne.

Et tous les disciples d’Emmaüs, cet épisode fut assez extraordinaire. Jésus-Christ cheminait avec eux. Ils trouvaient que c’était bon, qu’une chaleur sortait de lui, cette chaleur de l’amour qui fait que l’on est épanoui, que l’on se sent bien. Il cheminait avec eux… L’Amour, Jésus-Christ, cheminait avec les êtres. Il ne donne pas des  grands décrets, des grandes choses, des grandes leçons. Il cheminait avec les êtres. Il les accompagne dans leur vie. Il leur est toujours proche.

Alors, Il leur explique l’Ecriture c’est-à-dire que Jésus-Christ rendait l’Ecriture intelligible au niveau de leur vie. Il leur faisait com-prendre, Il leur permettait de la prendre avec eux. Ce n’était pas une abstraction, cette Ecriture était parole de vie. Il leur faisait comprendre l’Ecriture au niveau de leur vie. Il la rendait « prenable »…faire l’expérience.

 Ils le reconnurent à la fraction du pain, le partage, toute cette notion du partage. Ce n’est pas simplement la manière de couper le pain, c’est une mise en commun de tout… Ils le reconnurent à la fraction du pain.

Et puis, il y a quelque chose d’assez extraordinaire : leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître, c’est très intéressantPour découvrir Jésus-Christ, pour reconnaître Jésus-Christ, il faut d’autres yeux que des yeux purement humains. Seuls, les yeux de l’Esprit peuvent reconnaître l’Esprit. Il faut d’autres yeux, il faut les yeux de l’amour pour pouvoir reconnaître Jésus-Christ.

Tout cet épisode de Pâques à l’Ascension est un épisode extrêmement intéressant. Finalement, tous les signes de la présence de Dieu se présentent sous l’angle du partage, de l’amour, du cheminement avec les êtres, du service, de la communion, de l’intelligence de la vie. Alors, il fallait que ses disciples soient signes de cette présence de Jésus-Christ, révélateurs de cette présence à travers ces signes là et qu’ils y reconnaissent eux-mêmes la présence de Jésus-Christ chez les autres.

C’est le discernement de Jésus-Christ sous d’autres formes.

Marguerite Hoppenot, 1979
Parce que l’impossible est possible, Ed. Salvator
Interrogeons-nous :

1) Puis-je reconnaître dans ma vie personnelle, dans ma vie relationnelle, la Présence du Christ ressuscité ? A travers quels signes ?

2) Comme pour les apôtres, à quoi cela m’appelle-t-il ?

  « Reste avec nous, Seigneur »Lc 24,29
​​​​​​​« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous ? » Lc 24,32