On peut faire un parallèle inattendu entre ces deux vies : Marguerite Hoppenot et le facteur Cheval.
Cheval, humble facteur des Postes imagina et construisit son Palais Idéal en ramassant des cailloux au bord des chemins pendant des décennies lors de ses tournées. Hors de toute académie, de tout système, cet homme bâtit une œuvre architecturale inédite qui fit sourire les architectes des beaux-arts. C’est pourtant cette œuvre que des millions de gens viennent visiter. Posons- nous la question : pourquoi ?

Pour Marguerite Hoppenot, les pierres furent ses rencontres, ses intuitions, ses méditations, ses amitiés.
Cette femme fut entourée, conseillée certes mais elle seule discerna comment fonder et faire croître son mouvement par un positionnement spirituel original s’appuyant sur une pédagogie de questionnement tirée de l’Évangile.
Les théologiens devant cet objet spirituel non identifié froncèrent les sourcils et trouvèrent à redire tout comme les architectes devant le Palais Idéal de Cheval.
Alors quel rapport entre des œuvres et des êtres aussi dissemblables ?
La cohérence absolue entre l’œuvre et la vie. Deux expériences profondément humaines et personnelles.
C’est leur vie que ces personnes ont mis en jeu dans leurs œuvres respectives, la VIE, l’authenticité, leur sincérité rayonnent à travers elles.

Pour finir, Cheval et Marguerite Hoppenot ont tous deux transgressé leur condition sans la renier.
Cheval est devenu par la force de son imagination et de sa volonté un créateur majeur de l’Art Brut comme le surréaliste André Breton le définissait et cela en continuant ses tournées de facteur des postes!
Marguerite Hoppenot aurait pu demeurer une grande bourgeoise parmi d’autres, vivant dans le confort et les certitudes. Sans quitter son milieu, elle a fondé un mouvement et est devenue une grande figure mystique.
Les deux ont scié les barreaux du déterminisme socio-culturel sous le regard ébahi de la société.

Un animateur de Sève