« Ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » Lc 12, 13-21

La possession d’immenses biens de toutes sortes s’accompagne rarement des signes de l’homme comblé.
Lorsqu’un homme n’a soi-disant plus rien à désirer dans l’ordre de « l’avoir » apparaissent paradoxalement alors des symptômes d’insatisfaction profonde de son « être ». Il y a là de quoi nous faire réfléchir.
N’est-ce pas dans les pays les plus développés matériellement, ceux où tous les besoins matériels sont en grande partie satisfaits, que se répand le suicide ? N’est-ce pas dans les classes sociales les plus matériellement comblées que prolifèrent les dépressions nerveuses ?
Tout nous prouve aujourd’hui que l’aspiration essentielle de l’être humain n’est pas dans l’ordre de « l’avoir » mais dans l’ordre de « l’être ».
Par-delà le « possédant » souvent envahissant en nous, c’est le « vivant », étincelle de l’Etre éternel dont nous procédons, qui enfin se manifeste et fait entendre sa voix. Il revendique ses droits inaliénables à l’existence et crie, souvent, hélas ! avec désespoir, la soif de Celui qui est sa source et son achèvement, Celui qui est la Vie et que je nomme Dieu.
Insensés sommes-nous, qui dépensons tant d’énergies à posséder des biens extérieurs qui, tôt ou tard, nous tomberont des mains, et oublions parfois totalement que nous sommes appelés à l’existence pour devenir à jamais vivants.
« Cette nuit même on te redemandera ta vie ».
Ces réflexions me font apparaître dans une lumière sans cesse plus vive le malentendu fondamental en lequel une multitude d’hommes de bonne volonté sont encore immobilisés, malentendu qui paralyse ou sape secrètement leur foi.

Marguerite Ph. Hoppenot,
Un être nouveau pour un Monde nouveau
chapitre « Réflexions sur les mots « avoir » et « être » ».