Contemplons Jésus-Christ plus intensément, en essayant de l’accompagner vers le sommet de son Calvaire, celui de sa double passion d’amour et de souffrance, vécue à l’absolu qui va nous introduire, si peu que ce soit, au mystère de sa mort et de sa résurrection.

Le martyre de son amour.

D’abord, la passion de souffrance de son amour refusé est celle dont nous ne pouvons pas nous désolidariser, car qui de nous peut croire ne pas y avoir participé, si peu que ce soit, par ses propres refus d’aimer ? Qui peut se croire absent du vaste désert d’amour et de communion d’amour qui, actuellement, asphyxie l’humanité ? Ce refus d’aimer qui crucifie encore Celui dont le don d’amour absolu n’est pas reçu. Sans doute notre participation à cette souffrance de Jésus-Christ, de l’amour donné et non reçu à sa mesure, fera-t-elle écho dans le cœur de certains d’entre-nous et donnera-t-elle à leur propre souffrance un sens plus profond, une lumière plus vive et une dimension nouvelle…éclairée par celle que Jésus donna à sa propre souffrance, celle de la communion à la souffrance de l’humanité.

Toutefois, que tous ceux et celles d’entre nous qui sont affrontés à cette douloureuse épreuve, pour eux-mêmes ou pour ceux qu’ils aiment, sachent qu’elle nous appelle non seulement à communier à la souffrance du Christ, cette souffrance de son amour non reçu, mais aussi à élargir notre propre souffrance aux multiples souffrances du monde et à sentir naître en notre cœur un authentique sentiment de solidarité fraternelle, prémices d’un amour qui s’universalise.

Le martyre de sa lumière

Essayons enfin de pénétrer, quelque peu, l’étape suprême de la passion de Jésus au Calvaire, celle de l’insondable martyre de sa lumière…à l’heure ultime où Jésus est affronté à l’échec visible de la mission de son Père.

Jésus-Christ prend conscience de l’échec visible de l’ultime message de lumière dont Il était porteur pour l’humanité, dont Il était l’unique responsable : l’échec de la Révélation plénière de Dieu au monde, celle du mystère essentiel de l’Aventure de sa Vie et de la vie.

Percevons alors la nature de déréliction de Jésus-Christ face à l’échec apparent de son message : «Père, j’ai essayé d’être fidèle à ta mission…Je t’ai donné toute ma vie pour être fidèle jusqu’au bout. N’ai-je pas été fidèle à révéler ta lumière ?»… ou alors «Pourquoi m’as-tu abandonné ?» Mt 27,46

Nous découvrons dans cette subite et ultime déréliction de Jésus-Christ la suprême tentation du Malin, celle qui doit être la suprême épreuve de beaucoup de saints, la souffrance de ne pas avoir pu communiquer pleinement la lumière qu’ils avaient reçue de Dieu.

Peut-être cette souffrance trouve-t-elle un écho dans le cœur de beaucoup d’épouses, et surtout de parents, cette souffrance de la communication, parfois impossible, de sa foi à l’être aimé, celle si fréquente de l’abandon de la foi chez tant de jeunes.

Cependant, n’oublions jamais que la vie est une longue aventure et que l’amour nous appelle à croire irréversiblement que l’homme est porteur de plus grand que lui, porteur de ce germe divin, notre espérance et que nous ne devons jamais cesser de croire en ces êtres bien aimés…apparemment loin de Dieu. Dieu n’est pas loin d’eux. Il est au fond de leur cœur et rien n’est jamais fini pour l’amour !

​​​​​​​​​           Marguerite Hoppenot

​​​​​​​​Pèlerinage aux sources23 mars 1987