Lorsque je suis plongée dans le désarroi de mon âme devant le chaos latent du monde actuel, je tourne alors mes regards vers Dieu pour essayer d’en sonder les raisons.
Je crois discerner que l’humanité est tout à la fois privée de son centre de gravité et privée de son pôle d’attraction, ces deux facteurs d’équilibre procédant des mêmes lois, lois éternelles de la gravitation universelle; l’une assurant à chacun sa raison d’être, l’autre établissant tous en une commune tension vers leur fin.
Je crois que les lois éternelles de la création sont identiques, qu’elles s’appliquent soit à l’ordre naturel, soit à l’ordre surnaturel…Ces deux ordres étant l’oeuvre d’un unique Créateur, comment mus par la même inspiration créatrice ne relèveraient-ils pas de la même logique et ne seraient-ils pas tenus d’obéir aux mêmes lois ? (…)
Lorsque l’humanité, livrée à elle-même, se lance dans la folle aventure d’une existence qu’elle croit enfin libérée de son Dieu et soustraite aux lois de son origine et de sa fin, elle tend inévitablement à mesurer sa puissance pour s’affirmer à ses propres yeux, et se prouver à elle-même qu’elle est seule maîtresse de son destin.
Avide de soi-disant liberté, nous voyons l’homme partir à la conquête de son indépendance illusoire qui n’est, en fait, que la caricature de sa liberté.
Dans cette poussée individualiste, tous ces êtres « indépendants », bien que malgré eux irrémédiablement solidaires, n’étant plus reliés à leur centre, ni tendus ensemble vers un but commun, sont inévitablement conduits à l’anarchie et au chaos. (…)
Devant cette double expérience d’autodestrustion de ses rêves, comment l’homme insensé ne se soumet-il pas enfin à Celui qui est l’unique et éternel garant de l’harmonie générale du monde et des libertés de chacun.

Marguerite Ph. hoppenot
17 janvier 1960