Un monde où l’on rejette la paternité en raison de son visage caricaturé est un monde qui se défait, un monde flottant.
Les générations tendent alors à se succéder dans l’ordre purement physique, à l’image du règne animal. Elles se juxtaposent, jusqu’à s’opposer, en amollissant le lien vital qui les fait être, qui les relie et les lie au sein de leur communauté de destin.
Elles perdent de ce fait leur raison d’être.
Seul l’amour qui est « recevoir » et « donner » peut assurer cette communication de vie qui fait également exister celui qui donne et celui qui reçoit, l’engendreur et l’engendré, le père et le fils.
Seul l’amour peut donc assurer une pleine fidélité à l’ordre de la vie et l’orientation positive pour tous des générations de la vie, au bénéfice de leur communauté.
Cette fidélité implique sur tous les plans le total respect des lois de nature et donc le jeu permanent et libre des réalités vitales de filiation et de paternité.
Ces réalités sont significatives d’expérience et de dynamisme, de tradition et de progrès, facteurs essentiels de l’harmonie, de l’équilibre et du progrès du monde.
« Si jeunesse savait … si vieillesse pouvait » !
Quel appauvrissement général de dissocier les possibilités du « savoir » et les possibilités du « pouvoir ».
Le meilleur et le plus efficace service de l’humanité implique la collaboration intime et l’alliance désintéressée des capacités de réflexion et des capacités d’action.
Leur opposition et leur dissociation est une atteinte mortelle au bien commun parce qu’elle est une dislocation du corps vivant et la mort de son unité.

Marguerite Hoppenot
Extrait de ses cahiers personnels, mai 1968