Dans les circonstances actuelles, comment recevons-nous cet écrit de Marguerite Hoppenot ?

Contemplation  passive

Demeurer là, immobile, dans la sécheresse ou la douceur, dans les ténèbres ou la lumière, silencieuse, ouverte, vide, adorante, disponible, offerte au soleil de la Présence : Présence de « Quelqu’un ».
Me laisser baigner, pénétrer, imprégner de ce que Dieu « Est », de ce qu’Il veut à sa manière à Lui, sans mots, comme une fleur s’offre en s’abandonnant aux rayons du soleil. Indicible attrait pour cette attitude contemplative dès mon plus jeune âge, aussitôt après ma première communion.

Contemplation d’action

Ce à quoi l’Esprit Saint m’initia, sans nul intermédiaire humain et auquel je fus introduite par la grâce, ne vint que longtemps, très longtemps après.Comme toujours, je ne connus et ne compris que très progressivement ce que, par la grâce, je faisais depuis longtemps déjà. A peine le réalisais-je assez clairement aujourd’hui pour pouvoir peut-être l’exprimer. Le Seigneur veuille m’y aider.

« Demeurez en moi et moi en vous » Jn 15,4.

 Ce mode de contemplation suppose déjà que le Christ soit devenu « Quelqu’un » pour nous : Personne vivante, invisible, mais éternellement vivante et présente. Elle suppose aussi que tous les gestes, toutes les paroles du Christ aient pour nous une portée éternelle, toujours actuelle.

Je voudrais passer ma vie à passer dans ta vie…
Cette nouvelle voie de contemplation s’ouvrit au cœur de mon inextinguible soif d’union à Dieu ! Au sein même de ma vie mangée au moment où, lasse de mes échecs pour atteindre Dieu, si peu que ce soit, par mes propres efforts humains, je compris par une sorte d’intuition vitale que Dieu seul pouvait donner Dieu…et qu’Il ne se donnait qu’au désert.

La pauvreté intérieure, le vide progressif du « moi » m’apparurent peu à peu la condition essentielle à une vie contemplative authentique qui ne soit ni illusion, ni évasion, ni projection de soi-même.Dès lors, il y eut toujours un rapport étroit entre la réalité de la vie du Christ et de la mienne. Ma nouvelle voie de contemplation devint en quelque sorte l’interpénétration de ces deux vies, dans une communion née d’un regard d’amour, une sorte d’imprégnation de la vie du Christ dans ma pauvre vie, mais aussi une sorte de transposition de ma vie dans la sienne.

Toutes les circonstances de ma vie me servirent désormais de point d’appui pour essayer de saisir une parcelle de la réalité infinie vécue par le Christ. Heures de solitude, d’échec, de compassion, de souffrance, de travail pénible, de lassitude, d’attente des âmes, d’incompréhension
J’essaie ainsi, grâce au pauvre tissu de ma vie quotidienne, de rejoindre le Christ dans un aspect du mystère de sa vie.
Contemplation complètement désintéressée dont le Christ est l’objet.

La réalité humaine vécue au départ m’aide à me projeter dans la réalité infinie, à me perdre en elle !

Mon autre mode de contemplation a, au contraire, ma vie pour objet. Je m’efforce alors de la regarder avec le regard du Christ, de la baigner à la lumière que projetterait sur elle la confrontation brûlante du mystère du Christ et de son Evangile.
Dans ce dernier cas, c’est le Christ qui vient me rejoindre. Dans l’autre, c’est moi qui, à l’aide de ma vie, m’efforce d’accéder, si peu que ce soit, à la sienne.

Sur le chemin qui conduit à cette communion d’amour : Prière, Parole de vie, Pain de vie, Humilité, Pauvreté, Fidélité, Amour.
Marguerite Hoppenot
La main de Dieu, tome I p. 75